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Les allergies toujours plus nombreuses : mise au point sur les coupables

Depuis un demi-siècle, le nombre de personnes allergiques a augmenté de façon exponentielle. Les données scientifiques s’accumulent pour que plus rien ne s’oppose désormais à ce que le phénomène planétaire d’augmentation des allergies soit qualifié d’épidémie. Suite à l’augmentation rapide du nombre de personnes concernées par les allergies, l’Organisation mondiale de la santé prévoit qu’une personne sur deux sera allergique en 2050. Aujourd’hui, en France, 25% des personnes souffrent d’allergie, soit deux fois plus qu’il y a 20 ans. De nombreux chercheurs, dans le monde entier, incriminent les changements de notre environnement, responsables de cette épidémie. En effet, depuis quelques décennies, tout a changé. Notre alimentation est plus manipulée, la pollution de l’air s’aggrave et l’utilisation de plus en plus fréquente des produits chimiques agresse nos organismes. Les chercheurs confirment de plus en plus que de nombreux facteurs environnementaux participent à l’augmentation dramatique des allergies (pollution de l’air et de l’habitat, réchauffement climatique, tabac, produits chimiques, poussières, allongement des saisons des pollens, etc.). Nous verrons également que l’alimentation est également un facteur important ainsi que la perturbation de notre écosystème intestinal.

A la recherche des coupables

L’alimentation

Nous savons que l’alimentation a un impact primordial sur notre santé. Cela est également vrai dans les allergies. Une alimentation fast-food, riche en graisses saturées, en graisses TRANS et en glucides raffinés contribuerait à l’augmentation des allergies chez les enfants et les adolescents. Ainsi, une étude de 2015 a évalué les habitudes alimentaires d’environ 7 500 enfants, âgés entre 9 et 11 ans, en comparant leur risque de développer un asthme. Les résultats ont montré que la consommation d’une alimentation fast-food était accompagnée d’un risque majeur de souffrir d’asthme (1). Dans une autre étude publiée en 2015, on a évalué les habitudes alimentaires de plus de 3 000 étudiants par rapport aux risques allergiques. Les facteurs nutritionnels étaient plus souvent associés avec l’asthme. Ainsi, la consommation de biscuits ou de snack frits au moins trois fois par semaine augmentait le risque d’asthme alors que la consommation de fruits au moins 3 fois par semaine était en partie protecteur (2,3). A contrario, l’adhérence à un modèle alimentaire santé telle que la diète méditerranéenne riche en fruits et légumes, chez la femme enceinte ou le jeune enfant, a un effet protecteur contre l’asthme ou d’autres atopies chez les enfants (4,5).

L’écosystème intestinal

Nous avons vu, dans des articles récents publiés sur ce site, l’importance du microbiote intestinal pour la santé de notre système immunitaire. Divers travaux scientifiques indiquent que le microbiote intestinal semble être déterminant dans le développement des maladies allergiques, surtout dans les cinq premières années de vie.

En effet, certaines études ont montré que l’absence ou la disparition de certaines souches de bactéries intestinales dans les premières années de vie favorisait l’apparition d’allergies (5). Une publication de 2016 dans la célèbre revue « Science » a confirmé l’importance du respect du microbiote intestinal dans les premières années de vie pour avoir un système immunitaire efficace. Le non-respect de cette période charnière s’accompagne d’atteinte à la santé telle que des allergies, l’asthme ou des maladies inflammatoires de l’intestin (9). La prescription d’antibiotique reste un des éléments les plus destructeurs de notre écosystème intestinal, surtout dans les premières années de vie de l’enfant. Par exemple, l’asthme se développe deux fois plus fréquemment chez des enfants qui ont reçu des antibiotiques la première année de vie et le risque était beaucoup plus grand chez ceux qui avaient reçu plus de quatre cures d’antibiotiques (7). Les antibiotiques prescrits dans la première année de vie sont également associés au risque de rhino-conjonctivite ou d’eczéma chez l’enfant plus tard (8).

La pollution de notre environement

Notre environnement est également incriminé, surtout l’air que nous inspirons. Pour expliquer l’augmentation des allergies et de l’asthme, la science pointe son doigt vers la pollution de l’air due aux rejets de nos véhicules de plus en plus nombreux (CO2, particules fines du diesel) ainsi que la fumée passive du tabac. La Doctoresse Maria Neira, Directrice du département de Santé publique et Environnement de l’Organisation mondiale de la santé, affirme que la pollution de l’air est le facteur de risque environnemental le plus important pour lequel nous devons faire face.

Notre mère Nature est également incriminée. Les scientifiques estiment que le réchauffement climatique intervient dans l’augmentation des allergies, en effet on observe une augmentation de la quantité et de la période des pollens. Des scientifiques de l’Université de Harvard ont démontré que l’augmentation de dioxyde de carbone due à la consommation des énergies fossiles (pétrole) augmentait proportionnellement la quantité des plantes à pollen, avec comme conséquence, une augmentation du pollen dans l’air et des allergies dues aux pollens.

Nous assistons également à un tsunami de toxines déversées dans notre environnement. Depuis quelques décennies, plus de 100 000 produits chimiques ont été incorporés à nos produits de consommation. Les conséquences sur notre santé sont difficilement évaluables, mais ces produits participent vraisemblablement à l’augmentation exponentielle des allergies. La pollution à l’intérieur de nos lieux de vie est également de plus en plus importante. La fumée passive de cigarette est reconnue comme un facteur aggravant des allergies respiratoires comme l’asthme. L’arrêt de tabac chez les parents fumeurs d’un enfant asthmatique est crucial pour sa santé (10). Les formaldéhydes sont également impliqués comme un facteur contributif aux allergies respiratoires. Il s’agit d’un gaz organique volatil que l’on trouve dans des meubles en contre-plaqué , parquet, papier peint, imprimante, ordinateur, etc.. qui se relâche progressivement dans la pièce selon la température. Ces vapeurs peuvent irriter les yeux, le nez, favoriser des allergies respiratoires. Des études ont montré que les enfants exposés chez eux à ce gaz volatil avaient plus de risques d’aggraver une allergie respiratoire comme l’asthme (11).

Les réactions allergiques

Pour mieux comprendre l’allergie, nous devons faire un rappel de certaines bases en immunologie. Ce chapitre n’est pas nécessaire pour la suite, mais permet de mieux comprendre certains mécanismes immunitaires. Les médecins ont identifié 4 types d’activation immunitaire pouvant mener à des réactions allergiques. Chaque type d’activation requiert que notre système immunitaire, après exposition, reconnaisse un allergène spécifique. Dans les 3 premiers types d’allergie, le système immunitaire libère des anticorps spécifiques contre l’allergène afin d’essayer de le neutraliser. Seul le 4èmetype de réaction allergique ne requiert pas la production d’anticorps. Pour la plupart des allergologues, c’est surtout l’allergie de type 1 qui est prise en compte, car il s’agit d’une réaction presque immédiate avec des symptômes bruyants (par exemple : rougeur, gonflement, écoulements, peine à respirer, etc..) dont la relation avec l’allergène est souvent claire et testable. Les autres allergies sont moins évidentes à mettre en relation avec un facteur déclenchant. Ainsi lorsqu’on teste des intolérances alimentaires, on dose des IgG alimentaires. Toutefois la présence positive de ces anticorps est difficile d’interprétation et leur utilité est souvent contestée par les allergologues et les immunologues.

L’allergie de type 1

Il s’agit du type d’allergie le plus commun résultant de la formation d’anticorps IgE. Quand ces anticorps s’attachent à l’allergène, ils stimulent les mastocytes à relâcher des médiateurs telles que l’histamine provoquant une réaction explosive. Il existe des tests standards sanguins et cutanés pour déterminer l’allergène spécifique incriminé. L’allergie de type 1 comprend des allergies comme l’eczéma allergique, l’asthme ou le rhume des foins. Il y a deux phases de réaction, une précoce, une tardive. La réaction précoce est causée par la dégranulation des mastocytes qui relâchent dans la circulation des médiateurs telle que l’histamine. Cette réaction peut apparaître après quelques secondes à quelques heures après exposition à l’allergène, alors que la phase tardive est en relation avec les éosinophiles dont les médiateurs inflammatoires peuvent endommager les tissus. Cette phase peut durer plusieurs jours et provoquer des dommages cellulaires importants.

L’allergie de type 2 et 3

Ces types d’allergies dépendent d’anticorps IgG qui peuvent amplifier le signal allergique. Ce type d’allergie est le mécanisme principal des allergies médicamenteuses et est impliqué dans les intolérances alimentaires. La recherche de ces anticorps alimentaires est encore sujette à débat chez les allergologues qui se concentrent principalement sur les allergies de type 1 (à IgE).

Toutefois, des études montrent une relation entre la concentration d’IgG alimentaire et diverses pathologies (12). Une étude de 2014 a montré que les enfants qui avaient des IgG contre le gluten et une protéine du lait développaient quelques années plus tard des allergies de type 1 (à IgE). Les auteurs pensent que l’augmentation de ces anticorps IgG contre des aliments pourrait être le reflet d’un dysfonctionnement de la tolérance de la muqueuse intestinale ou d’altération de la muqueuse avec augmentation de la perméabilité intestinale qui quelques années plus tard se manifesterait par une vraie allergie (13).

L’allergie de type 4

Dans l’allergie de type 4, l’allergène active directement les cellules immunitaires (lymphocyte helper) qui amplifient la réaction immunitaire en recrutant les lymphocytes killer qui s’attaquent directement pouvant provoquer des lésions tissulaires. Ce type de réaction intervient dans un certain nombre d’infections comme la tuberculose. Elle provoque des dommages tissulaires qui interviennent dans des maladies auto-immunes telles que la maladie de Crohn ou la polyarthrite rhumatoïde.

Les symptômes de l’allergie

Les symptômes de l’allergie sont dus à l’activation de cellules immunitaires (mastocytes, éosinophiles) qui libèrent des médiateurs chimiques tels que l’histamine, la sérotonine, les prostaglandines ou les leukotriènes.  Nous allons voir que la prise en charge classique des manifestations allergiques est le plus souvent symptomatique, agissant principalement sur les médiateurs chimiques libérés par les cellules immunitaires.

L’histamine est connue pour être responsable de symptômes aigus de l’allergie tels que la rougeur, le gonflement, etc.. On comprend, dès lors, que les traitements classiques contre l’allergie sont des anti-histaminiques.

La sérotonine provoque une constriction des vaisseaux et augmente la motilité intestinale pouvant provoquer des crampes ou des diarrhées. Certains médicaments contre certains symptômes de l’allergie bloquent la sérotonine.

Les prostaglandines (PGD2) peuvent provoquer une bronchoconstriction favorisant le sifflement dans l’asthme ainsi qu’une dilatation des vaisseaux responsable de rougeur de la peau ou des yeux dans la conjonctivite allergique. Certaines gouttes utilisées pour traiter la conjonctivite allergique bloquent la synthèse des PGD2 dans les yeux.

Les leucotriènes augmentent la sécrétion du mucus et la constriction des bronches responsable de divers symptômes dans l’asthme et le rhume des foins. Des antagonistes des leucotriènes comme le Singulaire peuvent réduire les symptômes de l’allergie.

Faisons le point

Nous avons vu que l’allergie était aggravée:

  • par une alimentation occidentale de mauvaise qualité (fast-food) et des carences nutritionnelles, alors qu’une alimentation riche en produits entiers, fruits et légumes permet de prévenir ou améliorer les allergies en boostant notre système immunitaire et notre status antioxydant.
  • par la perte de la biodiversité de notre microbiote intestinal favorisée par l’exposition d’antibiotiques ou de pesticides dans les aliments ainsi que la réduction des prébiotiques (fibres alimentaires) qui soutiennent nos bonnes bactéries.
  • par la pollution extérieure et intérieure (CO2, particules fines du diesel, produits chimiques, COV, acariens, moisissures) qui altère la muqueuse respiratoire et augmente la réaction allergique.

Dans la deuxième partie de cet article, nous verrons que les traitements symptomatiques sont insuffisants à réellement contrôler la maladie allergique et nous comprendrons mieux l’intérêt de déterminer plus précisément les facteurs qui stimulent ou aggravent une allergie et quelles sont les mesures à prendre pour réduire ou contrôler ces facteurs.

Références :

  1. Saadeh D« Prevalence and association of asthma and allergicsensitizationwithdietaryfactors in schoolchildren: data from the french six citiesstudy » BMC Public Health. 2015 Sep 30;15:993.
  2. Gomes de Luna Mde F « Factorsassociatedwithasthma in adolescent in the city of Fortaleza, Brazil » J Asthma 2015 Jun ;52(5) :485-91
  3. Sheth A. « Can geodatabeused to determine the distribution of fastfoodoutlets in relation to the prevalence and severity of asthma? A novelmethodology » AllergolImmunopathol 2015 Nov 14
  4. Chatzi L. « Prenatal and childhood Mediterranean diet and development of asthma and allergies in children » Public Health Nutr. 2009 Sep ;12(9) :1629-34
  5. Chatzi L. « Protective effects of fruits, vegetables and the Mediterranean diet on asthma and allergies among children in Crete » Thorax 2007 ;62 :677-83
  6. Lynsh SV «  The microbiome and development of allergicdisease » CurrOpinAllergy Clin Immunol, 2016 Apr ; 16(2) :165-71
  7. Kozyrskyj AL. « Increasedrisk of childhoodasthmafromantibiotics use in early life. » CHEST 2007 Jun ; 131(6) :1753-9
  8. Foliaki S « Antibiotic use in infancy and symptoms of asthma, rhinoconjonctivitis and eczema in children 6 and 7 yearsold : International Study of Asthma and Allergies in Childhood Phase III » J Allergy Clin Immunol 2009 Nov ;124 :982-9
  9. Gensollen T «  How colonization by microbiota in early life shapes the immune system » Science 2016 Apr 29 ;352
  10. Jayes L. « SmokeHaz : Systemicreviews and meta-analyses of the effects of smoking on respiratoryhealth » Chest 2016 18
  11. Dannemiller KC « Formaldehyde concentrations in household air of asthma patients determinedusingcolorimetric detector tubes » Indoor air 2013 Aug ;23 (4) :285-94

 

Article du Docteur Antonello D’Oro
Consultations en Micronutrition et Alimentation Santé Tel: +41.22.301.63.38
Email: secretairedoro@gmail.com
http://www.lanutrition-sante.ch/

2017-06-07T10:59:32+00:00